mardi

Comment sauver la gastronomie française





Faut-il vraiment inscrire la cuisine française au patrimoine mondial de l'humanité ? Le débat fait rage entre ceux qui soutiennent que cette éventuelle décision de l'Unesco pourrait finalement fossiliser notre gastronomie et ceux qui objectent à raison que ce projet ne remet pas en cause la poursuite du mouvement de modernisation de la cuisine. La demande française de cette inscription, portée par Nicolas Sarkozy lors du dernier Salon de l'agriculture et soutenue à l'arrière-plan par l'Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation (Iehca), se veut salvatrice. Que s'agit-il au fond de sauver, et avec quel degré d'efficacité ? Employé comme antidote, ce projet reconnaît l'influence néfaste de la globalisation sur l'identité de la gastronomie française.
Une première question se pose : au nom de quoi la France est-elle éligible ? Est-ce parce que la gastronomie française est, selon Nicolas Sarkozy, « la meilleure au monde » ou bien parce qu'elle constitue une « culture » à part entière ? La première alternative, qui mériterait davantage de circonspection, est au moins discutable. Quand à la seconde éventualité, en reconnaissant ce qui l'était déjà (qui doute encore de la dimension culturelle de la gastronomie ?), elle devra admettre que toutes les cuisines, qui sont autant de cultures, sont in fine dignes d'être reconnues patrimoines immatériels, même si l'Unesco a rejeté une demande en ce sens du Mexique en 2005. En tout cas, suite à l'annonce française, l'Italie a légitimement pris position en faveur de sa propre candidature.
Témoignant de l'ascendant de la mondialisation sur la gastronomie, la proposition de Nicolas Sarkozy pourrait être interprétée comme une mesure protectionniste motivée par la montée en puissance de gastronomies étrangères (Espagne, Royaume-Uni, Italie, Australie, Japon) d'autant plus entreprenantes et lestes qu'elles subissent moins le poids de la tradition que la France. Concurrence non seulement culturelle mais économique, qui s'explique encore par la vitesse de circulation des savoir-faire, des savoirs avec le numérique, par un cosmopolitisme des gourmets, et par le fait que les conditions économiques et politiques qui firent la gloire de la cuisine française depuis le XVIIe siècle sont aujourd'hui abolies. La « patrimonialisation » pourrait être simplement employée pour conserver une rente issue d'un monopole historique révolu.
A l'opposé, invoquant en toute hâte que la cuisine française résulte des échanges économiques et que son métissage a toujours fait sa force, des opposants au projet se réjouissent des opportunités de la mondialisation. L'argument adopte le parti du caractère mécaniquement vertueux d'une libéralisation de la cuisine. Cette dernière hypothèse, à bien des égards irrecevable, se signale par un renoncement à toute politique en matière de goût que la proposition de Nicolas Sarkozy aura eu le mérite de rappeler. Pourtant, la solution retenue est insuffisante face à une crise qui excède le périmètre de la gastronomie française qui n'en est qu'un des symptômes.
Considérons seulement ce qui résulterait d'une décision favorable de l'Unesco. D'une part, autant la protection des éléments matériellement destructibles est identifiable et a des chances par conséquent d'être efficace, que ce soit les terroirs ou les productions indissociables d'un terroir, et évidemment les monuments. Autant avec la gastronomie, qui résulte d'une opération de production, le rapport au territoire est intangible. Qui plus est, la cuisine n'est pas tant un objet qu'une pratique. D'autre part, une fois la gastronomie classée patrimoine immatériel de l'humanité, comment empêchera-t-on effectivement un déferlement des avatars alimentaires issus de l'industrie et des biotechnologies ? Certes, on pourra contempler avec nostalgie la cuisine française à travers ses archives à l'instar des vestiges architecturaux de la cité de Petra.
Si une oeuvre d'art peut être reconnue après plusieurs décennies, la gastronomie n'existe qu'au présent et pour un mangeur. Sans le gourmet, la gastronomie sonne creux. Paradoxalement, le point cardinal de la cuisine réside moins dans la formation des chefs, même si elle reste absolument nécessaire, non plus uniquement dans les produits et les recettes, mais dans la conversion du mangeur en gourmet. Opération qui conduit de la neutralité du mangeur au discernement esthétique du gourmet. Celui-ci déploie des compétences qui l'érigent en juge d'une gastronomie qui n'a pas d'existence intrinsèque. C'est dire que la gastronomie, française ou étrangère, se conserve grâce à la transmission de compétences par le truchement de la famille, de l'école, de la restauration collective ou privée. A cela s'ajoute que ce gastronome ne « cultive » pas son goût uniquement dans les grandes tables, mais à travers des gestes et des exercices quotidiens et plus ordinaires. Et lorsque sa culture se transforme en s'érodant, la gastronomie en supporte indirectement le contrecoup.
Une des raisons de la crise de la gastronomie française tient notamment à la transformation par l'industrie du mangeur en consommateur. Ce n'est pas l'industrie en tant que telle qui est en cause car des modèles alternatifs sont parfaitement concevables, mais un type dominant de développement industriel qui aura prévalu depuis le XXe siècle. L'industrialisation alimentaire a eu des effets destructeurs sur des traditions qui portaient jusqu'alors la gastronomie française : neutralisation des activités de préparation, destruction ou minoration des terroirs, abandon des consommations locales, transformation des rythmes, conversion des usages en consommations, abandon des valeurs religieuses au profit de valeurs ludiques. L'industrie aura globalement eu raison des us et des coutumes alimentaires. Cette lame de fond a déstabilisé un bloc où étaient soudés des systèmes de transmission des savoir-faire et des systèmes d'appréciation gustative. Autrement dit, tout le tissu sur lequel se tissait par surimpression la gastronomie française s'est vu partiellement déchiré au nom de la modernité ou aujourd'hui du postmodernisme.
Le sort de la gastronomie française n'est pas juste la chasse gardée de quelques amateurs de bonne chère, c'est une question sociale qui appelle désormais une politique permettant de lutter efficacement contre des maux à la fois diffus, larges et débordant l'enceinte d'une seule nation française et sa gastronomie. Protéger notre gastronomie, c'est prendre soin des citoyens en cultivant les compétences nécessaires pour leur assurer une souveraineté gustative. Ce programme appelle une politique économique fondée sur la conception d'un autre modèle d'appréciation esthétique et de distribution économique, capable de faire appel à des « réseaux intelligents » pour promouvoir à grande échelle des productions locales, qualitatives et des savoir-faire. Politique encore esthétique et éducative, relayée par l'intelligence collective de l'Internet, qui mériterait d'introduire la formation au goût dans les programmes scolaires. Ce programme épargnerait à ce patrimoine immatériel de s'achever en service de soins palliatifs pour la gastronomie française.
Par OLIVIER ASSOULY , professeur de philosophie et directeur de la recherche à l'Institut français de la mode.

jeudi

Le 7ème art à table

Cuisine et cinéma ont toujours fait bon ménage. Nul besoin d'en revenir toujours à « La Grande bouffe » pour prouver cette thèse. Car au cinéma, on aime, on rit, on meurt, on fait l’amour et… on mange !















Cinéma et gastronomie, ces deux "exceptions culturelles" françaises, font que, plus que tous autres, les films français dominent cette thématique.
Le terme gastronomie englobe non seulement l'art culinaire, mais tout ce qui concourt à sa mise en valeur. Les films dépeignent souvent un milieu social aisé où les repas sont l'occasion d'extérioriser les richesses et le luxe : profusion de nourritures savamment présentées, vins exquis, vaisselle raffinée et décor floral. Manger s'accompagne d'un certain décorum qui n'exclue pas la convivialité.
On constate à partir des années quatre-vingt, en particulier dans le cinéma européen, que la production de films évoquant les plaisirs de la table devient relativement abondante. La gastronomie devient un thème important : la genèse ou le déroulement d'un repas constituent désormais le sujet explicite du film.
Regarder les scènes de cuisine, d'agapes en tout genre, c'est observer la comédie humaine dans tous ses états.


THEODOR HIERNEIS, ODER WIE MAN EHEMALIGE HOFKOCH WIRDHans-Jürgen Syberberg - RFA, 1972La folie alimentaire du roi Ludwig II est vue à travers les mémoires de son cuisinier Theodor Hierneis.
L’AILE OU LA CUISSEClaude Zidi - France, 1976Portrait satirique des guides gastronomiques, ce film présente sous des dehors comiques, une critique acerbe des usines de l'agro-alimentaire et en particulier, des plats cuisinés industriels.
WHO IS KILLING THE GREAT CHEFS OF EUROPE (La Grande cuisine)Ted Kotcheff - Etats-Unis, Allemagne, 1977Cette amusante comédie d'humour noir dépeint les milieux de la grande cuisine européenne.
BABETTES GAESTEBUD (Le Festin de Babette)Gabriel Axel - Danemark, 1986Conte en forme de festin, ce film profondément humaniste est d'un raffinement aussi subtil que les plats offerts, tels la soupe aux huîtres ou les cailles en sarcophage (cailles rôties en sauce, fourrées de foie gras, truffes et cognac, servies sur une pâte feuilletée).
TAMPOPOJuzo Itami - Japon, 1986Tampopo, qui signifie en japonais soupe de nouilles, met en scène l'art de la confection d'une soupe. Ce film sur les plaisirs de la nourriture est une satire des genres western-spaghetti, thriller, une parodie érotico-culinaire burlesque et philosophique.
THE COOK, THE THIEF, HIS WIFE AND HER LOVER (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant)Peter Greenaway - France, Pays-Bas, Grande-Bretagne, 1989Dans cette variation gastronomique sur le thème de l'adultère, la nourriture est une métaphore de l'avidité de l'homme qui peut conduire au cannibalisme.
COMO AGUA PARA CHOCOLATE (Les Epices de la passion)Alfonso Arau - Mexique, 1991L'art culinaire tourne à l'alchimie. Le désir amoureux s'exprime à travers le substitut culinaire et les plats emblématiques de la cuisine mexicaine deviennent les symboles d'une vie tantôt acceptée, tantôt refusée.
EAT DRINK MAN WOMAN (Salé sucré)Ang Lee - Taïwan, Etats-Unis, 1994Dans ce film, les évolutions de la société taïwanaise sont mise en parallèle avec les valeurs culturelles de la cuisine qui, devenues vecteur de communication, recréent le lien social entre les générations.
THE CHINESE FEAST (Le Festin chinois)Hark Tsui - Hong-Kong, 1995Ce concours de cuisine sur fond de comédie présente de superbes scènes consacrées à l'art culinaire chinois, très spectaculaires et parfois chorégraphiées comme des scènes de combat.
LES MILLE ET UNE RECETTES DU CUISINIER AMOUREUXNana Djordjadze - France, URSS, Allemagne, Belgique, 1995Inspirée par l'histoire authentique d'un français doué pour la cuisine, cette aventure culinaire retrace sa quête permanente de nouvelles saveurs, son installation en Géorgie au début des années vingt.
BIG NIGHTCampbell Scott ; Stanley Tucci - Etats-Unis, 1996Mélangeant les saveurs de la gastronomie italienne et la recherche du rêve américain de deux ritals, ce film évoque la place de la cuisine dans nos vies.
CUISINE AMERICAINEJean-Yves Pitoun - France, 1997Cette comédie nous plonge au cœur des cuisines d'un quatre étoiles français.
VATELRoland Joffé - France, Grande-Bretagne, 1999La nourriture devient un objet artistique et culturel. La préparation des aliments, la création de nouveaux mets, leur présentation souvent spectaculaire font de la cuisine l'espace privilégié de cet art.
WOMAN ON TOPFina Torres - Etats-Unis, 1999L'art de la cuisine brésilienne est ici métaphore de l'amour. Mêlant piments, épices, et autres ingrédients, les recettes s'enchaînent sur rythmes de bossa nova.
UNE AFFAIRE DE GOUTBernard Rapp - France, 1999L'art d'apprécier un vin, de goûter un plat, sert de toile de fond à une fable sur le pouvoir et la manipulation.
CHOCOLATLasse Hallström - Grande-Bretagne, Etats-Unis, 2000Fable contre l'intolérance, le film met en scène le chocolat sous toutes ses formes.
MOSTLY MARTHA (Chère Martha)Sandra Nettelbeck - Allemagne, 2001Les fourneaux d'un grands restaurant deviennent le lieu d'affrontement entre deux conceptions de la cuisine : l'une est rationnelle, presque mathématique, tandis que l'autre, pleine de fantaisie, se montre plus créative.
DUMPLINGS (Nouvelle cuisine)Chan Fruit - Chine, 2004Dans cette œuvre macabro-culinaire, l'antropophagie est utilisée comme la métaphore de la politique démographique chinoise.
FAST FOOD NATIONRichard Linklater - Etats-Unis, 2005Véritable reportage sur l'industrie alimentaire aux Etats-Unis, ce film pose de nombreuses questions sur la mal-bouffe, sur la sécurité et l'hygiène alimentaire.
LE REPAS DE BEBELouis Lumière - France, 1895
LE FESTIN DE BALTHAZARLouis Feuillade - France, 1910
THE COOK (Fatty cuisinier)Roscoe 'Fatty' Arbuckle - Etats-Unis, 1918
PIR V ZHIRMUNKE (Festin à Girmounk)Vsevolod Poudovkine - URSS, 1941
LA CUISINE AU BEURREGilles Grangier - France, Italie, 1963
LE GRAND RESTAURANTJacques Besnard - France, 1966
LA GRANDE BOUFFEMarco Ferreri - France, Italie, 1973
JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE 1080 BRUXELLESChantal Akerman - Belgique, France, 1975
INDIANA JONES AND THE TEMPLE OF DOOM (Indiana Jones et le temple maudit)Steven Spielberg - Etats-Unis, 1983
LE DECLIN DE L’EMPIRE AMERICAINDenys Arcand - Canada, 1985
DRACHENFUTTER (Le Repas du dragon)Jan Schütte ; Thomas Strittmatter - RFA, 1987
FRIED GREEN TOMATOES (Beignets de tomates vertes)Jon Avnet - Etats-Unis, 1991
L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTEAnh Hung Tran - France, 1992
AU PETIT MARGUERYLaurent Bénégui - France, 1994
FELICIA’S JOURNEY (Le Voyage de Félicia)Atom Egoyan - Canada, 1998
EL HIJO DE LA NOVIA (Le Fils de la mariée)Juan Jose Campanella - Argentine, Espagne, 2001
DECALAGE HORAIREDanièle Thompson - France, Grande-Bretagne, 2001
PSALMER FRA KJOKKENET (Kitchen stories)Bent Hamer - Norvège, Suède, 2002
THREE EXTREMES : DUMPLINGS (3 Extrêmes : Nouvelle cuisine)Chan Fruit - Chine, 2004
TAMPOPOJuzo Itami - Japon, 1986Universal Pictures Video, DVD zone 2Disponible à la BIFI : VHS 848
THE COOK, THE THIEF, HIS WIFE AND HER LOVER (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant)Peter Greenaway - France, Pays-Bas, Grande-Bretagne, 1989Anchor Bay Entertainment, DVD zone 2Disponible à la BIFI : VHS 689
COMO AGUA PARA CHOCOLATE (Les Epices de la passion)Alfonso Arau - Mexique, 1991Columbia Tristar, DVD zone 1
THE CHINESE FEAST (Le Festin chinois)Hark Tsui - Hong-Kong, 1995M6 Vidéo, DVD zone 2
LES MILLE ET UNE RECETTES DU CUISINIER AMOUREUXNana Djordjadze - France, URSS, Allemagne, Belgique, 1995Fil à Film-FRAVIDIS, DVD zone 2Disponible à la BIFI : VHS 471
BIG NIGHTCampbell Scott ; Stanley Tucci - Etats-Unis, 1996Gaumont Columbia Tristar Home Vidéo, DVD zone 2
CUISINE AMERICAINEJean-Yves Pitoun - France, 1997Universal Pictures, DVD zone 2
VATELRoland Joffé - France, Grande-Bretagne, 1999Gaumont Columbia Tristar Home Vidéo, DVD zone 2
WOMAN ON TOPFina Torres - Etats-Unis, 1999Fox Pathé Europa , DVD zone 2
UNE AFFAIRE DE GOUTBernard Rapp - France, 1999France télévision distribution, DVD zone 2
CHOCOLATLasse Hallström - Grande-Bretagne, Etats-Unis, 2000TF1 vidéo, DVD zone 2
DUMPLINGS (Nouvelle cuisine)Chan Fruit - Chine, 2004Lions Gate, DVD zone 2

Alors pour combler vos aprés midi pluvieux voici de quoi se ravir les papilles sans grossir.

mercredi

Le pain à l'orange







L’orange

Comme dans l’éponge il y a dans l’orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l’épreuve de l’expression. Mais où l’éponge réussit toujours, l’orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l’écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d’ambre s’est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, - mais souvent aussi de la conscience amère d’une expulsion prématurée de pépins.

Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l’oppression ? – L’éponge n’est que muscle et se remplit de vent, d’eau propre où d’eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L’orange a meilleur goût, mais elle est trop passive, - et ce sacrifice odorant…c’est faire à l’oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n’est pas assez avoir dit de l’orange que d’avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l’air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l’accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s’ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l’ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l’avant - bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.

Et l’on demeure au reste sans paroles pour avouer l’admiration que mérite l’enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon – buvard humide dont l’épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.

Mais à la fin d’une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, - il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d’un minuscule citron, offre à l’extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l’intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C’est en lui que se retrouvent, après l’explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, - la dureté relative et la verdeur (non d’ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d’être du fruit.


Le pain

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.

Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…

Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

source textes Francis Ponge

lundi

Tiens, vous avez sorti le vitriol !


Vu l'temps d'été qu'nous fourni not sociètè, jem suis dis par hasard, que pour combler une journée qui s'annoncait bien craignos, avec ma souris a son pageot et mes mectons q'atenndais la bectance, comme ça, mon blaze tout mité que t'es, tu vas t'taper un Audiard. Plus possible d'en avoir gros sur la patate douce avec une bande d'amis comme eux. Ma donzelle, encore plus alourdie de la caboche à cause de son turbin et d'son squelette qui part en goguette, s'y est mise, par dessus mon épaule. Pour elle, une découverte. Pour moi, les retrouvailles de la gouaille, passion d'ado interruptus. On s'est poilé, bidonné, et comme c'était bon d'y aller du grand droit. Du 100% hilarant. La journée du lendemain a passé comme dans un rêve. Merci San-Antonio. Je te revaudrai ça la haut.

A propos du vitriol : Il date du Mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a du arrêter la fabrication, y'a des clients qui devenaient aveugles. Oh, ça faisait des histoires.



Sempiternels Barbecues et Salade de fruits


Voila revenue la saison des sempiternels barbecues, saucisses, brochettes, côtes de porc, et autres grillades.
Ce week-end, j'étais invité à un barbecue chez mon beau-frère et ma belle-soeur.
Une tranche de vie pour voir le chef de famille dans toute sa splendeur.

























C'est dans cette activité qu'on reconnaît les talents de cuisine d'un homme, un vrai. Dès qu'un homme se porte volontaire pour faire ce type de cuisine, la chaîne d'évènements suivante est actionnée : 1. L'homme sort le barbecue et le charbon de bois.


















2. La femme nettoie la grille.3. La femme va à l'épicerie.4. La femme va chez le boucher.5. La femme va chez le pâtissier.6. La femme prépare la salade et les légumes.7. La femme prépare la viande pour la cuisson8. La femme la place sur un plateau avec les ustensiles nécessaires, les épices et les herbes.9. La femme apporte la grille propre et le plateau à l'homme qui est étendu à côté du barbecue en train de prendre une bière. 10. L'homme place la viande sur la grille. 11. La femme va à l'intérieur mettre la table.12. La femme vérifie la cuisson des légumes.13. La femme prépare le dessert.14. La femme revient à l'extérieur pour dire à son mari que la viande est en train de brûler.15. L'homme enlève la viande trop cuite de sur la grille et l'apporte à la femme. 16. La femme prépare les assiettes et les apporte sur la table.17. L'homme sert à boire. 18. La femme dessert la table et prépare le café.19. La femme sert le café et le dessert20. Après le repas, la femme range la table et la nappe.21. La femme fait la vaisselle et range la cuisine.22. L'homme laisse le barbecue en place car il y a encore des braises.23. L'homme demande à la femme si elle a apprécié de ne pas faire la cuisine aujourd'hui.24. Et devant son air dubitatif, l'homme conclut que les femmes ne sont jamais satisfaites.
Dans notre pays de gastronomie à la française et de lois sur la parité, le BBC fumant et crépitant, quelquefois inodorant et immangeable, est venu prendre la place du gigot d'agneau ou du poulet rôti dominical que le maître de maison découpait dans une solanité et une dignité qui créait le respect. Il est vrai que revu au goût du jour, ça dénote un peu, et notre beau pays peut alors remercier les Anne-Sophie Pic, Helene Darroze, Sammut et bien d'autres pour l'image qu'elles donnent du chef d'orchestre.






Pour terminer le repas, la traditionnelle salade de fruit frais trôna dans son saladier. Orange, banane, mangue, poire, pomme, abricot, fraise, ananas, kiwi, l’histoire de ces fruits se confond avec celle de l’alimentation humaine car leur histoire est celle d’un long voyage. En Europe les espèces se sont développées au fil des siècles en particulier dans l’Antiquité avec les mouvements d’extension de l’Empire romain et le brassage des peuples. Puis au Moyen Age avec l’expansion arabe qui mit l’Occident en contact avec l’Orient et l’Extrême-Orient. Enfin avec la découverte des Amériques et les colonisations.
Cette salade de fruits est variée, avec des couleurs, de l'exotisme, un goût différent et moins traditionnel qu'à l'habitude. L'antiquité connaissait les petites fraises des bois à l'état sauvage, les grosses fraises apparurent vers 1750 à Plougastel dans les côtes d'Armor, rapportées par un ingénieur maritime du nom prédestiné de Frézier. La fraise, de par sa texture charnue, sa forme et sa couleur, est un fruit dont la consommation est très sensuelle. Le langage en atteste: au XVIIe siècle les fraises désignaient les tétons des femmes; aller aux fraises signifie flirter. L'actinidia, groseille de Chine, fruit qui nous vient d'extrême orient, produit en Nouvelle-Zélande a été baptisé Kiwi du nom de l'oiseau, emblème du pays. Dans la religion Hindoue, le fruit défendu n'est pas la pomme mais la banane, on donne le nom de " figuier d'Adam " ou " arbre du paradis " au bananier. Pour l'abricot, il fallut attendre le XVIIIe siècle pour avoir la preuve que le fruit n'apportait pas la fièvre, car avant, il était accusé d'être maudit. Aujourd'hui encore le " mech mech " (abricot en arabe) est à l'origine de plusieurs vulgarités. Le sirop d'orgeat est un sirop à base de sucre et de lait d'amande parfumé à la fleur d'oranger.A l'origine il s'agissait d'une décoction d'orge, d'où son nom. Si comme moi vous aimez utiliser les fruits et les légumes dans leurs saisons, vous remplacerez les fraises par des oranges ou par quelques framboises surgelées et les raisins par des grains de grenade! Salade de fruits jolie, jolie…

Alain Ducasse a besoin de soleil



Monaco est devenu le « choix du coeur » d'Alain Ducasse
Son exil monégasque virant à l'affaire d'Etat, Alain Ducasse a mis les pieds dans le plat. Le célèbre cuisinier a affirmé hier sur RTL qu'il déménageait à Monaco et acceptait la nationalité monégasque pour des raisons sentimentales : « C'est un choix de coeur », a-t-il rétorqué à ceux qui l'accusent de fuir l'impôt français sur les grandes fortunes, en soulignant qu'il était installé depuis vingt-deux ans à Monaco et seulement dix ans à Paris. « Si j'avais voulu faire des économies, j'aurais créé des sociétés offshore, a-t-il poursuivi. Mes activités continuent à payer leurs impôts en France. Mes économies vont être très légères. »
Cette explication n'a pas convaincu François Sauvadet, député du Nouveau Centre. « Je regrette ce choix, surtout qu'Alain Ducasse participe de l'image de la France. » Le parlementaire met cet exil sur le compte de la fiscalité. « Je trouve qu'on a déjà proposé des solutions pour ne pas surimposer les plus riches de nos compatriotes. Je ne pense pas qu'il faille aller au-delà. Après ça, vous ne pouvez pas empêcher certains de se voir un destin personnel dans tel ou tel paradis fiscal. »
Mais l'exil sudiste d'Alain Ducasse lui donnera-t-il une obligation de monégasquiser ses approches culinaires? Son besoin d'exotisme le tentera-t-il vers une dérive de terroir plus ensoleillé plus exotique en soit, comme nous le montrait Culture Pub?

Le Pop Corn : une explosion de joie


La découverte du maïs et son utilisation pour la consommation par l'être humain est le fruit d'un lent développement. On pense que la première variété de maïs utilisée fut le pop corn. Probablement originaire du Mexique, il était déjà cultivé en Chine, à Sumatra et en Inde denombreuses années avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Le plus ancien pollen de maïs connu et découvert à Mexico-city d'un âge de 80.000 ans estpratiquement identique aux variétés de pollen de maïs d'aujourd'hui. Lors de fouilles à New Mexico, on a aussi découvert des épis de maïs vieux de 5.600 ans et sur la côte ouest du Pérou, enfouis dans des tombes, les chercheurs ont trouvé des épis de maïs à éclater vieux de 1.000 ans dans un tel état de conservation que l'on pourrait encore aujourd'hui les faire éclater. Lorsque Christophe Colomb découvrit le nouveau continent, le pop corn représentait une des principales sources de nourriture des indiens d'Amérique du Nord et du Sud, qui s'en servaient aussi comme bijoux, comme décorations pour les cérémonies rituelles en hommage à leurs dieux, ou bien encore comme ornements pour leurs coiffes.
Les premières méthodes d'éclatement du pop corn furent mises au point par les indiens qui se servaient de pierres chauffées au feu, de poteries en terre cuite et de sable chaud, sur et dans lesquelles on déposait les grains de maïs. Dès leur arrivée, les colons européens utilisèrent tout de suite le maïs à éclater que les indiens leur offraient en guise de cadeaux de bienvenue ou qu'ils utilisaient comme monnaie d'échange. Ils adoptèrent très rapidement cette nouvelle nourriture et améliorèrent les méthodes d'éclatement. Pourtant l'utilisation du maïs à éclater resta limitée à l'usage domestique et ce jusqu'à la fin du 19e siècle. La première machine à éclater le maïs fut inventée en 1885. Elle rendit possible la vente de pop corn frais dans les théâtres et les magasins. Vers 1925, les premières machines électriques firent leur apparition et dès lors il n'y eut plus de spectacles de cinéma et de théâtre sans pop corn. En 1945, Percy Spencer découvrit que les rayons micro-ondes favorisaient l'éclatement du maïs. Cette découverte aboutit à la mise au point du four micro-ondes. Aujourd'hui le pop corn pour micro-ondes est un produit mondialement reconnu. Un sachet plein de pop corn chaud est devenu un en-cas apprécié de tous.

En 2008 quelques jeunes français élaborent la nouvelle machine à Pop corn.



videoà consommer avec modération

La Ruée vers la patate.

La "Papa" dans les Andes.
Fruit d'hybridations naturelles, "Solanum tuberosum" (notre pomme de terre) semble avoir spontanément prit naissance dans les pays andins et plus particulièrement près du littoral du Pérou actuel. En effet, 200 ans avant notre ère, des pommes de terre apparaissent sur des poteries découvertes près des côtes du Pérou. C'est dans la région du lac Titicaca, dans des terrasses irriguées et fertilisées avec le guano, (déjections d'oiseaux marins) que la pomme de terre fût cultivée à l'origine.





De cette région (Pérou, Bolivie), la culture de la pomme de terre s'élargit au Nord du Chili, au Nord Ouest de l'Argentine et au Sud de l'Equateur, délimitant approximativement le futur empire Inca. Elle prit alors progressivement le nom quetchua de "papa". Elle porte d'ailleurs toujours ce nom en Amérique Latine. Les principaux outils utilisés par les Incas pour cultiver la pomme de terre sont la chakitaklla et la dorana. La chakitaklla est composée d'un long manche équipé d'un appui pied. On l'enfonce dans la terre et on la fait pivoter grâce à un point d'appui se trouvant sous le manche. Cet outil est encore largement utilisé en agriculture andine d'altitude. La dorana ressemble à une houe. La lame, plus ou moins large, est fixée sur un long manche par une lanière. Elle est utilisée pour labourer et biner.

Les conquistadors du Nouveau Monde.
Au 16e siècle, si les conquérants espagnols n'atteignirent pas l'Eldorado, ils découvrirent d'autres richesses parmi lesquelles des produits de l'agriculture locale : cacao, maïs, haricots, lupins, tomates, courges, coton, coca, tabac et une plante dont on consommait les parties souterraines, la papa. Ce serait donc dans un but scientifique et comme provision de route, pour varier l'ordinaire, que la pomme de terre arriva en Europe.

Du Pérou jusqu'en Europe.
Deux voies de pénétration sont supposées :
La première par l'Espagne (en Andalousie elle s'appelle encore papa) :
De l'Espagne, Philippe II envoya des tubercules à Rome au pape Pie IV, sans doute par analogie au mot américain papa. Le pape en envoya au gouverneur de Mons en Belgique qui en donna lui même à un professeur de l'université de Leyde qui séjournait alors en Autriche. De là, la pomme de terre se propagea en Allemagne et en Suisse puis dans l'Est de la France.
La seconde voie, ouverte quelques années plus tard, via le Mexique, la Virginie d'où elle atteindra le Canada, la Grande-Bretagne, l'Irlande et les pays nordiques est plus contreversée. A la fin du 18e siècle, la pomme de terre devient la principale production agricole d'Allemagne. Elle est cultivée également en Autriche, Flandres, Suisse, Irlande, Suède et dans certaines provinces de l'Est de la France.

La pomme de terre en France.
Les premières plantations de pommes de terre les truffoles" sont localisées en Ardèche au milieu du 16e siècle. Officiellement c'est Olivier de Serres qui, en 1600, les cultive pour la première fois en Vivarais. Probablement arrivée par la Suisse, la pomme de terre est cultivée au 17e siècle en Franche Comté, en Dauphiné, en Bourgogne pour le nourrissage animal principalement. La population française est rétissante vis à vis de cette plante souterraine de la famille des solanacées comme la belladone, la mandragore et d'autre plantes toxiques... En outre, il s'agit d'une plante qui pousse par plantation et non par germination, elle n'est pas mentionnée dans la bible et sa culture est si facile, qu'elle ne peut être que le "fruit du diable"...

Ce n'est qu'en 1737 que nait à Montdidier, Antoine Augustin Parmentier, c'est à dire près de 100 ans après l'introduction de la pomme de terre en France. Captif en Allemagne, le jeune pharmacien militaire apprécie, par sa propre expérience, la valeur nutritive de ce légume. Libéré en 1763, il entreprend une campagne d'information pour vulgariser sa culture en France. Il publie un "Ouvrage économique sur la pomme de terre, le froment et le riz" puis, en 1773 un "Examen chimique des pommes de terre". En 1781, il reprend et développe une thèse sous le titre "Recherches sur les végétaux nourissants qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires, avec de nouvelles observations sur la culture des pommes de terre". C'est par un double stratagème qu'il y parviendra... En apportant des tiges fleuries qu'il offrira à Louis XVI. C'est ainsi qu'il fit découvrir et apprécier au roi ce fameux tubercule.
En cultivant 54 arpents (environ 2 hectares) dans la plaine des Sablons (aujourd'hui Neuilly) qu'il fait garder par la troupe. La rumeur court que si l'armée est là pour en interdire l'accès c'est que ce qui y pousse doit avoir de la valeur. Parmentier supprime alors la garde du terrain la nuit...Les voleurs constatent alors que les pommes de terre n'entraînent aucune maladie et en assurent la publicité. Cette initiative contribua à introduire la pomme de terre dans la société française. Ce sont les instituteurs et les prêtres qui donnèrent l'exemple en la cultivant dans leurs jardins. Avec la famine de 1789, la culture de la pomme de terre se généralisa pour devenir un produit de base de notre alimentation.

« La Pomme de Terre: de la Renaissance au XXIe siècle, Histoire, Société, Économie, Culture »

Dans le cadre du projet de classement du patrimoine culinaire et gastronomique au patrimoine culturel et immatériel de l’UNESCO, le CeHVi et l’IEHCA organisent ce grand colloque international sur la Pomme de Terre. Il s’inscrit dans le projet "2008 année mondiale de la Pomme de Terre" de la FAO et dans les manifestations liées à l’accueil par la France du Congrès mondial de la pomme de terre en mars 2009.Légume qui semble banal tant il est entré dans les mœurs, la pomme de terre est pourtant un produit connu dans l’espace amérindien depuis le XVIe siècle apparu au XVIIe siècle dans l’assiette des Occidentaux, c’est-à-dire relativement récemment, et qui reste ignoré de régions entières du globe. Longtemps ressource vitale des potagers familiaux, sa place dans les sociétés contemporaines peut être appréciée à l’importance de la filière agro-alimentaire qu’elle a engendrée en Europe et aux États-Unis. Elle figure dans l’imaginaire collectif, aussi bien pour ses maladies ou la famine en Irlande, que pour certaines des formes sous lesquelles elle est consommée, la frite belge ou française, les flocons déshydratés, les chips. Elle n’est pas absente de représentations picturales, à l’instar des scènes quotidiennes que Van Gogh ou Lhermitte lui ont consacré. Enjeu de réglementations publiques ou d’incitations à la production, elle n’échappe pas à des choix politiques dans les circonstances particulières des conflits. Si sa consommation diminue quand le niveau de vie augmente, elle n’en suscite pas moins des stratégies commerciales multiples, relevant de la commercialisation d’espèces nouvelles ou remises à la mode ainsi que de conditionnements adaptés à des exigences pratiques et nutritionnelles. Elle a récemment conquis de nouveau les tables des grands chefs.
Ce colloque international se propose d’aborder tous les thèmes traitant de la pomme de terre sans restriction, non seulement d’un point de vue historique, mais aussi économique et géographique, artistique et sociologique, scientifique et médical. Il ne se limite ni à la période contemporaine, ni à la France, mais veut essayer de donner une vision globale de la place de la pomme de terre dans les civilisations.

Le colloque se terminera par un repas historique autour de la dite pomme de terre. Un repas fin XVIIIe début XIXe organisé par le lycée hotelier de Blois.

Sources : potato.ferriere.org

mercredi

vin de terroir et vin technologique






J'entends souvent dire que pour acheter un bon vin, il faut acheter un vin de terroir...

La définition de ce qu’est un bon vin est toute subjective. Pour Jean-Robert Pitte, universitaire spécialiste du vin, les vins de terroir procurent plus d’émotion et de mystère que les vins technologiques ou « passe-partout ».

Tout le monde souhaite faire du bon vin. Cela rime-t-il avec un vin "techno, bien fait", ou vin "de terroir, naturel" ? Qu’est-ce qu’un bon vin ? s’agit-il d’un vin de plaisir immédiat, d’un vin cher, d’un vin parfait sur le plan organoleptique, d’un vin de terroir ? Jean-Robert Pitte, géographe, président de l’université de la Sorbonne et écrivain spécialiste du vin, a animé un débat sur cette question lors du récent forum de l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation à Tours. Jean-Robert Pitte oppose « les vins technologiques, passe-partout, sans émotion mais où l’on trouve quand même du plaisir » aux vins « géographiques, de terroir, qui ressemblent à leur terroir et aux vignerons que le font ».
Pour l’universitaire, « le bon vin est presque une personne vivante, qui ne sera plus le même le lendemain, et qui saura toucher une corde sensible chez celui qui le boit ». Pour Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique au Monde, « une rencontre avec un bon vin c’est un don consenti. Le vin est obligatoirement lié au partage, à la convivialité, à la cuisine ». Henry Marionnet, viticulteur sur une cinquantaine d’hectares à Soings en Sologne, a lui une définition beaucoup plus simple du « bon » vin : « comme disait mon père, un bon vin c’est quand un verre en appelle un autre. Nous essayons de faire des vins que l’on aime et qui nous semblent bons pour la santé. Le vin donne du plaisir, sinon une émotion, on doit se sentir bien après l’avoir bu, il doit être comme un élixir de jouvence. » Henry Marionnet pratique les vendanges manuelles, les fermentations intracellulaires, évite l’emploi de levures sélectionnées, limite l’apport de SO2 et la chaptalisation. Il est aussi connu pour sa cuvée « Vinifera », un gamay issu d’une vigne non greffée. Ce viticulteur possède également des vignes non greffées en sauvignon et côt. « Pour faire du bon vin, il faut du bon raisin. On n’est pas là pour doper les vignes à surfabriquer du raisin. Nous laissons la vigne donner ce qu’elle a, avec des traitements minimum, à la limite de la rupture. La nature ne se domine pas tant que ça », souligne Henry Marionnet.
Thibaut Boulay, agrégé d’histoire et fils d’un vigneron en Sancerre estime également que le bon vin est indissociable de l’authenticité : « il s’agit d’un vin ‘naturel’, respectueux des sols. Le travail avant la vendange est aussi important que celui fait après. »

« Les vins ne doivent pas être élitistes »
David Cobbold, journaliste et consultant britannique, est en revanche beaucoup plus critique envers la notion de « vin naturel » : « Le vin purement naturel donne du vinaigre. On navigue trop dans le mythe. Avec pas ou peu de soufre, des problèmes techniques apparaissent. Les vins pétillent ou sentent l’écurie ». Et en opposition à Jean-Robert Pitte fustigeant les vins technologiques qu’il compare à du Coca-Cola, David Cobbold affirme la nécessité d’avoir des « vins techno, bien faits » : « les vins ne doivent pas être élitistes. Des vins simples, de soif, de plaisir immédiat sont vitaux pour faire prospérer le marché du vin. Un nouveau consommateur ne commence pas par des vins géographiques. 80% des vins vendus dans le monde le sont à moins de cinq euros. » Le journaliste britannique « défend les vins de marque », par exemple ceux de la marque australienne (aujourd’hui propriété de Pernod-Ricard) Jacob’s Creek. « Dire que les vins technologiques c’est bon pour les nouveaux consommateurs, c’est abaisser le niveau d’un produit culturel pour le rendre plus accessible et c’est un peu méprisant pour les consommateurs, rétorque Jean-Robert Pitte. Lors de dégustations, les étudiants qui pourtant n’y connaissent rien comprennent la différence entre des vins technologiques et des grands vins. Les débutants aussi ont droit à la qualité et à des vins de sensibilité ».

Pour l’universitaire, le modèle français du vin de terroir va se développer dans le monde: la « nature humaine engendre la diversité et la tendance est à la complexification de l’offre. Le monde va compter de plus en plus de véritables connaisseurs du vin ».
Sources : Ligérienne de presse et Viti-net

lundi

Livres de cuisine d'hier et d'aujourd'hui




Le grand nombre de livres de recettes, apparus aux XIIIème et XIVème siècles dans toute l'Europe, du Danemark à l'Italie et la Catalogne, fait de ces ouvrages un ensemble suffisamment important pour qu'il puisse être considéré comme représentatif de la cuisine de l'époque [du moins pour un certain milieu social] ; ils ont donc été abondamment étudiés par les historiens.

On pourrait s'attendre a priori à ce qu'ils contiennent de nombreuses informations, tant sur le type d'ingrédients utilisés, sur les modes de cuisson, le service, etc ; mais dans le manuscrit S108 du musée de Sion (Suisse), plus ancien extrait du Viandier de Taillevent connu (vers 1250-1320), elles sont extrêment laconiques. Elles sont rédigées par des professionnels, pour d'autres professionnels, pas pour des débutants.

Pris indépendamment, il faut néanmoins se méfier des livres et de leur représentativité : on ne peut savoir sans autres indications s'il s'agit d'une copie d'un ouvrage ancien, de recettes contemporaines, ou encore de propositions avant-gardistes.

Les premiers livres de cuisine ne sont pas illustrés, mises à part certaines lettres enluminées. Les images représentant l'activité du cuisinier n'apparaissent qu'au XVIème siècle (pas avant 1570, dans un ouvrage de Scapi (?), dans des livres imprimés, tandis qu'à la même époque sont également produites des copies manuscrites, dans des éditions de luxe. Ces derniers ne sont pas illustrés. Il s'agit alors de beaux objets, éventuellement tirés de livres de référence, mais pas destinés à être utilisés dans une cuisine.

Un exemple de livre réellement utile est le Registrum Coquine, écrit vers 1430 par Jean de Bockenheim, cuisinier à la cour du pape Martin V. Les séparations entre les recettes sont claires, il y a des annotations dans la marge et les destinataires de tel ou tel plat sont indiqués (par nationalité, ou par classe sociale ; ainsi en est-il de l'omelette aux oranges pour rufians et débauchés[, que nous avons mangée à la Brodière]).

Avant le XVème siècle, il est rare que les livres de cuisine ne contiennent que des conseils culinaires : il n'y a tout simplement pas assez de matière pour que cela suffise à remplir tout un ouvrage. Ensuite, différentes sources sont compilées, de manière à obtenir un certain volume. Il existe des centaines de textes accolés aux recettes : en premier lieu, des recettes médicales (dans les 3/4 des cas au moins) ; puis, moins fréquemment, des questions de religion & de morale, des recettes de vie domestique ou d'artisanat, de l'astrologie, etc.

Le manuscrit 7131BNF est une traduction en latin d'un ouvrage rédigé en français (Enseignements qui enseignent a appareiller toutes manières de viandes, rédigé vers 1300) pour le compte de la Papauté par un médecin. L'ouvrage d'origine est donc en langue vulgaire, donc rédigé par un cuisinier, non quelqu'un qui est savant. Le niveau médical présent dans les livres de cuisine est faible : ils contiennent des recettes pratiques, mais pas de théorie, contrairement à ce qui se serait passé s'ils avaient été rédigés par des médecins. L'hypothèse suivant laquelle la cuisine est considérée comme une forme de médecine est donc peut-être à nuancer.

Les raisons pour lesquelles les recettes présentes dans un livre sont développées sont variables. Dans le livre de maître Chiquart, cuisinier à la cour du duc de Savoie, écrit en 1420, les renseignements sont très nombreux. Mais on est là à la naissance du duché de Savoie, et le livre contient en fait les menus de divers banquets tenus à cette occasion. C'est donc avant tout une marque de prestige : voilà pourquoi on insiste sur la netteté des récipients, sur l'abondance et la qualité des ingrédients. Ainsi la graine de paradis, particulièrement onéreuse, est souvent employée, tandis que le poivre, plus vulgaire, sert avec plus de parcimonie.

A l'opposé, dans le Mesnagier de Paris (fin XIVème), les nombreux développements ont un but pédagogique. Ses multiples conseils moraux ou liés à la gestion du ménage lui ont d'ailleurs valut d'être conservé à la cour de Bourgogne, au XVème siècle.

D'une époque à l'autre, ou d'un lieu à l'autre, un même mets peut subir de fortes évolutions. Ainsi en est-il de la sauce cameline, si commune à la fin du Moyen Age qu'on la vend toute prête (de même que la sauce verte). On peut trouver d'importantes différences dans 4 recettes de la même sauce :

- début XIVème : du pain grillé, beaucoup de cannelle (qui donne à la sauce sa couleur "chameau", d'où "cameline"), du gingembre, du poivre long, du vinaigre et du verjus, le tout mélangé et passé.

- Angleterre (XIVème) : la sauce est adoucie par l'adjonction de raisins de Corinthe. Les édulcorants sont souvent utilisés dans la cuisine anglaise.

- Italie (fin XIVème), où s'exercent de fortes influences ibériques : la sauce contient du lait d'amande, du bouillon, du foie, du jus de grenade et du sucre, d'où une saveur aigre-douce souvent appréciée au borde de la Méditerranée.

- Savoie (Maître Chiquart, 1420) : du pain blanc, du meilleur vin clairet, de la graine de paradis, du sucre et du sel. Le sel est très rarement mentionné ; reste à savoir si c'est parce qu'on l'utilise peu, ou justement parce qu'il est si commun qu'on ne le signale même plus.

Au XIVème siècle, le sucre est largement employé dans les cuisines anglaise (il est présent dans 60 % des recettes de certains ouvrages) et italienne. On le trouve aussi au sud de la France, mais très peu au nord de la Loire, sauf dans les recettes destinées aux convalescents. De nature modérément chaude et humide, il est supposé leur convenir.

Au XVème, son usage se répand encore en Angleterre et en Italie (où, encore une fois sous l'influence ibérique, il est parfois employé dans un plat, puis saupoudré avec de la cannelle dessus). Son usage se répand en France, où il entre dans la composition de la sauce cameline, mais sa présence dans un plat peut conduire à lui donner un nom particulier, montrant que ce n'est pas un condiment commun : ainsi en est-il du "pigeon au sucre".

On manque d'informations sur la cuisine régionale. Plutôt que les livres de recettes, il vaut mieux alors consulter les récits de voyage.

Conférence de Bruno Laurioux, maître de conférences en histoire médiévale,


Mais au dire de l'évolution technologique, les ouvrages culinaires pourraient bien disparaitre


Alors que d'autres éditeurs tentent de s'ouvrir à toutes les cultures

Coca-Cola un energisant qui te propulse





A la base de cette vidéo, une expérience consommateur fortuite qui s'est révélée comme l'une des productions les plus vues sur les plateformes d'échanges de vidéos comme Youtube ou Dailymotion.
En découvrant ces vidéos, Coca Cola a tout d'abord souhaité attaquer les 2 internautes ayant publié cette vidéos. Se ravisant finalement, ils ne relèveront pas.
Cette vidéo entre même dans les légendes urbaines en laissant croire que des personnes seraient décédées en ingérant les produits simultanément. Le fait de devenir une rumeur prouve bien la puissance du phénomène.
Cependant, l'autre marque en « jeu » (Mentos) a connu un décollement aux USA à travers cette vidéo car la marque était encore peu connue outre-Atlantique. Ainsi, Mentos essaie de surfer un maximum sur cette vague lançant innovation produit (Mentos goût Coca cola), record du monde (nombre de Geyser simultanés), publicité…
Cet été encore devraient voir naître d'autres initiatives de la marque de bonbons, ce qui d'ailleurs n'est pas forcément du goût (sans mauvais jeu de mots) de la marque de Soda qui est utilisée pour développer la notoriété d'une marque tiers et qui n'appartient pas au groupe…

Prenez la vie côté Coca, sauf si vous tenez à la vie

personnellement, je dois avouer qu'il m'arrive d'en boire, mais j'évite les mélanges

samedi

Des viticulteurs en lutte











Les producteurs sont en colère, est-ce nouveau ?






En 1907, le Languedoc viticole s’estime menacé par la concurrence des vins d’Algérie et la chaptalisation. La Confédération générale viticole réalise une manière d’union sacrée entre les producteurs, des plus petits aux plus grands. De puissants rassemblements crédités de dizaines de milliers de participants se succèdent du 7 avril au 9 juin 1907. Dans les quatre départements concernés, les conseils municipaux présentent leur démission collective et appellent à la grève de l’impôt. Des perceptions, préfectures et sous-préfectures sont attaquées. Le gouvernement fait appel aux gendarmes et à la cavalerie. Le sang coule à Narbonne où quatre manifestants sont tués les 19 et 20 juin. A Béziers, le 21, le 17e régiment d’infanterie, majoritairement composé, selon l’usage, de réservistes et de conscrits du pays, craint que les soldats venus des régions septentrionales ne menacent leurs compatriotes. Ils quittent leur caserne, se portent devant la foule et mettent crosse en l’air (ce qui vaudra aux « mutins » d’être expédiés en Tunisie)
Clemenceau réplique par de nouvelles démonstrations de force. Le 23 juin une loi est cependant votée, qui réprime la chaptalisation abusive.
Quatre ans plus tard, les viticulteurs de l’Aube se mobilisent pour une tout autre cause. Malgré la mauvaise récolte de 1910, le cours du raisin reste bas. Les viticulteurs de la Marne suspectent les marchands d’avoir acheté et vendu sous le nom de champagne des vins de l’Aube, en infraction au décret du 17 décembre 1908 qui limite l’aire géographique de l’appellation. Ils s’attaquent aux chais et aux fûts des viticulteurs et négociants de l’Aube, qui répliquent sur un mode similaire à Ay et à Epernay en premier lieu. Tous sont soutenus par leurs élus respectifs. La troupe s’interpose. Le décret est finalement reporté